L’église et l’Abbaye de Faremoutiers

L'église de Faremoutiers

Tandis que Jean-Pierre Pascal console la jeune femme, Miranda Solex, une artiste peintre originaire de Rio de Janeiro, suivons le jeune journaliste Kevin Junior Papillon. Lui va à l’église de Faremoutiers, 3 avenue Victor Massoul. Il s’arrête un instant sur le trottoir d’en face, sur la placette de la mairie. On sent qu’il veut s’imprégner du lieu. Le photographier, me dit-il. Enfin il traverse l’avenue. Il laisse son vélo contre le mur de la façade. Nous entrons dans l’église. Kevin Junior Papillon sort ses notes: « Il a fallu replonger dans l’histoire architecturale de l’église de Faremoutiers pour résoudre cette ténébreuse affaire. Et ce ne fut pas simple, car aucun document concernant la construction de l’église nous est actuellement connu, hormis une charte ancienne collationnée par l’historien Dom Toussaint Duplessis. Celui-ci cite un document selon qui, dès l’an 600, une chapelle dédiée à St Etienne existait à l’endroit où s’élève l’actuelle église paroissiale Saint Sulpice de Faremoutiers. » J’avoue mon admiration devant tant d’investigations menées par le jeune journaliste. Je me permets de le féliciter. Il rougit !

« Merci. C’est vrai, poursuit-il, il faut un certain recul, de la hauteur d’esprit pour comprendre qu’il y a eu deux campagnes de construction de l’église, l’une au XII ème siècle, l’autre au XVI ème siècle. Le dernier architecte a dû réduire les frais de reconstruction de l’église. Ainsi a-t-il réutilisé les parties encore en état et les matériaux de récupération. Notre sens du détail de journaliste nous a fait remarquer la présence ancienne des tambours des colonnes de la nef méridionale. Mais allons vers l’orgue, là où nous avons rencontré le Père Jean-Paul… » – « Comment ! dis-je… » Kevin Junior Papillon remarque ma stupeur. « Oui, l’orgue est en bas, et non pas en haut, comme le suggère le film de l’affaire… C’est Monsieur Pascal qui a insisté pour prendre cette liberté avec la réalité architecturale… Il trouvait que cela faisait plus vrai de mettre l’orgue dans les hauteurs… Je n’en suis pas responsable. Passons ! »

J’avoue ma déception. Je croyais The Daily Morin un journal au plus proche de la vérité. Je sens que Kevin Junior Papillon partage mon point de vue, mais il préfère se taire. « Elevons notre regard au-dessus de cette magnifique création du facteur d’orgue Yves Fossaert ! s’exclame-t-il. Une anfractuosité dans le mur qui datait du XII ème siècle fut laissée telle quelle par le dernier architecte. »

– « C’est donc là que le…, fais-je.» – « N’en dîtes pas plus, jeune fille. Ne révélez pas à nos lecteurs et spectateurs la résolution de l’énigme. » Le ton de Kevin Junior Papillon est quelque peu condescendant. « Vous voulez rejoindre la rédaction de the Daily Morin ? Commencez d’abord par ce travail minutieux de la description de l’église, me dit-il. Les détails, toujours les détails. C’est en persévérant dans cette voie que je suis à présent journaliste. Je vous laisse observer l’église et écrire des notes historiques. »

Eglisee Faremoutiers
Orgue - Eglise de Faremoutiers
Autel - Eglise de Faremoutiers
Chapelle de la vierge - Eglise de Faremoutiers
Chapelle de la vierge - Eglise de Faremoutiers
Plaque - Eglise de Faremoutiers

Kevin Junior Papillon s’éloigne, me laissant seule. Je  prends alors quelques instants pour admirer l’Eglise. Et voilà je me lance, moi Poussin ! Je vais tenter d’écrire comme Kevin Junior Papillon ! Ce qui donne : l’église est construite sur un plan en croix, orienté nord-est.   À l’intérieur, la nef centrale est bordée de deux bas-côtés. Le chœur est fermé par un chevet à cinq pans. Il est vrai que l’austérité de la nef majeure conduit le regard vers le sanctuaire et l’autel, mais nous pouvons nous arrêter sur les colonnes de la nef. Des croix peintes rappellent la Consécration de l’Eglise par Mgr. de Vieupont, Evêque de Meaux, le 29 juin 1621. Au bas-côté nord, se trouve la statue de Sainte Fare, offerte par les Compagnons du Brie de Meaux, qui ont choisi Sainte Fare pour patronne de leur confrérie. C’est une œuvre de Jacques Rieu, et date de 1995.

Je m’approche à présent de La chapelle de la Vierge : Les trois chasses contiennent les Saintes Reliques qui échappèrent à la dispersion du Monastère de Sainte Fare.

Le grand vitrail, exécuté à Paris en 1900, d’après une estampe du XVII ème siècle, raconte les épisodes principaux de la vie de la sainte fondatrice de Faremoutiers au VII ème siècle. Ce vitrail est signé Félix Gaudin.

L’autel de cette chapelle est surmonté d’un Retable, de style Louis XVI , encadrant une toile (XVIII ème siècle) de Saint Roch.

La statue dite « Notre Dame de Belle Dilection » a été scellée sur la prédelle de l’autel. Cette délicate œuvre d’influence champenoise, de la fin du XIII ème siècle, illustre la Vierge de la Visitation. Elle est classée monument historique, ainsi que la statue de Saint Antoine, Ermite, (XVI ème siècle) située sur un pilier à l’entrée de la chapelle.

Les pierres tombales scellées sur la muraille nord proviennent, comme celles de la nef sud, de l’ancienne Abbaye.

Ainsi la dalle noire de la Princesse de Cleves recouvrait le petit monument placé dans l’église abbatiale, où avait été déposé le cœur d’Anne de Gonzague de CLEVES.

La Princesse de Cleves et sa sœur Marie, la future Reine de Pologne, avaient été élevées dans l’Abbaye, au temps de leur jeunesse. Le texte de cette inscription sur la dalle serait de Bossuet, son confident, qui prononça son oraison funèbre.

« Icy est le cœur de Très Haute, Très Excellente et Très Puissante Princesse, Anne de Gonzague de CLEVES, Princesse de Mantoue et de Montferrat, Comtesse Palatine du Rhin, et Duchesse de Bavière, décédée le VI juillet M.DC.LXXXIV, âgée de LXVIII ans. »

Pour compléter ma description détaillée de l’église, j’aurais aimé rencontrer le Père Jean-Paul… Apparemment, je ne suis pas la seule. Où est M. le curé ? s’interrogent, non sans inquiétude, les habitants du charmant village. « Je ne vais pas à la messe depuis belle lurette, me confie Maurice, mais depuis 30 ans, chaque matin, j’ai l’habitude de croiser le Père rue des Moustiers. On se salue amicalement. Et là, depuis une semaine, je ne l’ai plus revu ! »

Père Jean Paul

Une seconde affaire ?

Depuis la résolution de l’énigme, M. le curé de Faremoutiers n’a pas tenu à témoigner. Il ne répond pas à nos appels. Nous avons tenté également de le joindre par l’intermédiaire de la dame qui s’occupe de lui, communément appelée la Bonne du curé. Celle-ci est introuvable. Aux dires de certains villageois, il semble qu’elle soit partie se reposer dans sa famille à Jouy sur Morin.

L'abbaye de Faremoutiers

Située juste à côté de l’église Saint Sulpice, l’abbaye Notre-Dame de Faremoutiers est fondée à l’époque mérovingienne vers 620 par sainte Fare. Le symbole héraldique de la double crosse, figurant encore sur le blason de la commune de Faremoutiers, rappelle que Notre-Dame de Faremoutiers a eu le rang d’abbaye royale. Cette abbaye était un monastère double, le premier du genre en France, accueillant moines et moniales. Deux fois détruit, il a connu plusieurs états architecturaux successifs, dont on peut voir aujourd’hui, à côté des bâtiments contemporains, des pans de fondations médiévales.

abbaye faremoutiers
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